Le soir de l'An dans les pays du Sud de l'Europe (Italie, Espagne, Portugal, Grèce) représente un syncretisme culturel unique, où la ritualité catholique et orthodoxe est fondue avec les valeurs fondamentales de la culture méditerranéenne : la solidarité familiale, le culte du festin (conivium) et l'expression publique de la joie. À la différence du modèle nord-européen avec son intimité domestique, le soir de l'An du Sud (Nochebuena, Vigilia di Natale, Consoada, Κουτούκια) est un événement se déroulant à la croisée de l'espace privé de la maison et de l'espace public de la rue, entre le jeûne strict et le festin à venir.
La discipline religieuse impose un rythme clair à la journée, en particulier en Grèce et dans les pays catholiques avant la moitié du XXe siècle.
Le jeûne strict (Νηστεία / Vigilia) : le 24 décembre est le jour du jeûne le plus strict de la période de pré-Noël. En Grèce, c'est le dernier jour des 40 jours de jeûne de Noël (Φώτα). Non seulement la viande et les produits laitiers ne sont pas consommés, mais souvent aussi la poisson avec de l'huile. En Espagne et en Italie, le jeûne est également traditionnellement observé jusqu'à la étoile du soir, ne consommant que du pain, des légumes et du poisson. Ce jeûne n'est pas seulement une ascèse, mais un dépouillement sacré préparant le corps et l'âme à la fête de l'incarnation.
La liturgie de minuit comme point culminant : Dans les pays catholiques, la Misa del Gallo («messe de la poule») à minuit est l'événement central. En Grèce, la «Τахья Μитали» (Μεγάλη Όρθρος) — la Grande Veillée avec la liturgie de Saint Basile, commençant tard dans la soirée et passant à l'aube du 25. En Grèce, après la liturgie, les fidèles se disent «Καλά Χριστούγεννα», et dans les villages, l'habitude des «κάλαντα» (câlades) le soir de Noël subsiste encore, où les enfants avec des triangles métalliques (triogona) parcourent les maisons, recevant de l'argent ou des friandises.
Le dîner du soir de l'An est un rite de passage, où chaque plat porte un sens symbolique.
Italie (Cenone della Vigilia) : Le dîner de l'abondance consiste en une multitude de plats de jeûne, principalement du poisson (il cenone di magro). Le nombre traditionnel de plats est 7, 9 ou 13 (symboles des 7 sacrements, des 9 ordres angéliques ou des 12 apôtres avec Jésus). Obligatoires : le «capitone» (anguille cuite, symbole de la victoire sur le mal sous forme de serpent), la «bacca» (morue), les salades de produits de la mer. Les desserts (panettone, pandoro) apparaissent plus tard.
Espagne/Portugal (Cena de Nochebuena / Consoada) : Les produits de la mer dominent à la table. En Espagne, diverses crevettes, langoustines, poisson. Au nord du Portugal, le «bacalhau» (morue) avec de la choucroute, au sud, le poulet. Obligatoires : le «turron» (nougat) et les «pólvorones» (pâtisserie sablée). En Catalogne, on ajoute le «can d'Ore» — bouillon de poulet avec des boulettes.
Grèce (Νυχτερινό γεύμα) : Le dîner est plus modeste, strictement de jeûne. Le plat traditionnel est le «χριστόψωμο» (hristopсомо — «pain de Christ»), pain sucré avec des noix et des fruits secs, ainsi que le «φρουτόσουπα» (compot de fruits secs — pruneaux, figues, raisins). La place centrale est occupée par les «κουλουράκια» (kouloúkia) — pâtisseries tressées, symboles des chaînes de Jésus. Dans de nombreuses régions, on prépare le «revyifa» (revyifada) — dinde ou porc farci, mais on le mange le 25.
Curiosité : En Grèce, il existe l'habitude du «καλόγερος» (kalógeros — «vieil homme bienveillant»). Le membre le plus respecté de la famille ou de la compagnie amicale quitte le dîner pour aller dans la forêt pour «apporter un bûche pour le feu» — un grand bûche de bois de cerisier ou d'olivier. Il est introduit dans la maison avec des cérémonies, arrosé de vin, d'huile et de miel, et allumé. Il doit brûler jusqu'à l'Epiphanie (6 janvier), et la cendre est conservée comme un talisman pour la maison et les champs.
La famille comme clan : Le soir de l'An, toute la famille élargie se réunit à la table, y compris les cousins et les oncles. Ce n'est pas seulement un dîner, mais un renouvellement annuel des liens de parenté, un échange de nouvelles et une démonstration d'unité. En Grèce, ce principe s'appelle «οικογένεια» (ikoneía) dans son sens le plus large.
Publicité de la fête : Après le dîner familial, dans de nombreuses villes espagnoles et italiennes, les jeunes et les adultes sortent dans les rues, sur les places principales. Il y a un véritable «sortie en société» après l'intimité familiale. Les gens se promènent, se rencontrent avec leurs amis, visitent les foires. En Grèce, le soir est plus intime, concentré autour de la maison et de la préparation à la longue liturgie nocturne.
Le soir de l'An grec (παραμονή των Χριστουγέννων) a des caractéristiques spécifiques liées à la tradition orthodoxe et au passé agricole :
Décoration du «χριστόξυλο» : Outre le bûche, on décore une barque (卡拉́ви) — hommage à la tradition maritime, qui est souvent remplacée par un arbre de Noël. Mais dans les villages insulaires, on place encore une barque décorée sur la place centrale.
Attente du «Christoxénos» (Hôte-Christ) : Il existe une croyance selon laquelle Jésus peut visiter n'importe quelle maison cette nuit sous forme de pèlerin. Par conséquent, la table ne doit pas être nettoyée, et de la nourriture et du vin sont laissés à la porte pour l'hôte inattendu — une allusion directe à l'hospitalité biblique.
Ainsi, le soir de l'An dans le Sud de l'Europe et en Grèce est une fête construite sur des contraires et des transitions :
De la jeûne au festin : La discipline du corps est remplacée par la joie corporelle de l'abondance.
De la famille à la communauté : Le cercle intime familial s'étend le soir dans l'espace public de la place de la ville (dans les pays romans) ou dans le rite public des kalanda (en Grèce).
De l'attente à l'apparition : Toute la journée est une préparation à la liturgie nocturne culminante, qui ne termine pas, mais ouvre la fête.
Ce n'est pas un soir calme à la maison, mais un processus dynamique, bruyant, riche en saveurs et en sons, de l'entrée collective dans le temps sacré. Ici, la fête n'est pas un repli sur le monde, mais une transformation festive de ce monde : la rue devient une continuation de la maison, et le repas familial un autel, sur lequel la nourriture de jeûne se transforme en symbole de la joie à venir. En Grèce, ce jour, sans abondance de viande, rappelle l'aspect primordial, spirituel de la fête, où l'essentiel n'est pas la satiété matérielle, mais l'attente sacerdotale, exprimée par l'odeur du hristopсомо, le son du triogona et la lumière du calógeros allumé, réchauffant la maison pendant toutes les fêtes.
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